Selon une étude du baromètre de la formation professionnelle, plus de 50 % des salariés estiment que leur entreprise ne les accompagne pas suffisamment dans leur évolution de carrière. Dans un contexte de guerre des talents et de transformation rapide des métiers, la gestion des compétences est devenue le levier majeur de la rétention. C’est ici qu’intervient l’entretien parcours professionnel, un rendez-vous stratégique qui redéfinit la relation entre l’employeur et le salarié. Plus qu’une simple obligation légale, il s’agit d’un outil de pilotage indispensable pour anticiper les mutations du monde du travail. Il vient prendre le relais de l’entretien professionnel.
Entretien parcours professionnel : qu’est-ce que c’est ?
L’entretien parcours professionnel (souvent abrégé EPP) est un moment d’échange privilégié entre un collaborateur et sa hiérarchie ou sa direction des ressources humaines. Contrairement aux rendez-vous d’évaluation classiques, cet entretien se concentre exclusivement sur la trajectoire de carrière, les aspirations de l’individu et l’adéquation de ses compétences avec la stratégie de l’entreprise.
Le monde du travail connaît une mutation législative majeure. Depuis la parution de la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, l’entretien professionnel tel que nous le connaissions est officiellement remplacé par l’entretien de parcours professionnel (EPP). Ce changement n’est pas qu’une simple modification sémantique : il s’agit d’une réforme profonde visant à sécuriser les trajectoires de chaque salarié face aux transformations écologiques et numériques.
Il s’inscrit dans une logique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). Son but est de dresser un état des lieux du parcours passé pour mieux dessiner les contours du futur. On y aborde les activités réalisées, les formations suivies et les souhaits d’évolution à moyen et long terme. Il s’agit d’une pause réflexive sur le temps de travail, permettant de sortir de l’opérationnel pur pour se projeter dans une vision de carrière globale.

Cet entretien est-il obligatoire ?
Oui, l’entretien parcours professionnel est une obligation légale stricte. La réforme de 2025 a toutefois modifié le calendrier pour le rendre plus pertinent et moins administratif. Comme l’entretien professionnel obligatoire, l’EPP l’est également.
Voici les nouvelles règles de périodicité en vigueur :
- Un entretien d’accueil : Il doit désormais être organisé dans l’année suivant l’embauche (et non plus après 2 ans).
- Un entretien tous les quatre ans : La fréquence bisannuelle laisse place à un rendez-vous tous les 4 ans, permettant un bilan plus dense.
- Un bilan récapitulatif tous les huit ans : L’état des lieux approfondi, qui vérifie si le salarié a bénéficié de formations ou d’une certification, s’effectue désormais tous les 8 ans (contre 6 auparavant).
Le non-respect de ces échéances expose l’entreprise à des sanctions financières, notamment l’abondement correctif du compte personnel de formation (CPF) du salarié.
Entretien de parcours professionnel vs entretien professionnel
Les points communs : un socle de protection pour le salarié
Malgré l’évolution législative, l’entretien de parcours professionnel conserve l’ADN protecteur de son prédécesseur. Le point commun fondamental réside dans la déconnexion totale avec l’évaluation de la performance : il est strictement interdit d’y juger l’atteinte des objectifs chiffrés ou les résultats opérationnels de l’année. Dans les deux cas, l’objectif reste la sécurisation de l’employabilité du salarié au sein de l’entreprise. L’employeur conserve l’obligation de formaliser l’échange par un document écrit dont une copie est remise au collaborateur. Enfin, ces deux dispositifs s’inscrivent dans un cadre légal strict où le manquement aux obligations de formation ou d’entretien expose l’organisation à des sanctions financières et à un abondement correctif du compte personnel de formation (CPF).
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Les différences : vers une vision plus stratégique et prospective
La rupture majeure apportée par l’entretien de parcours professionnel réside dans sa périodicité et son ambition. Là où l’ancien modèle imposait un rendez-vous tous les deux ans, l’EPP adopte un rythme quadriennal (tous les 4 ans), permettant de sortir de la gestion administrative de « court terme » pour construire un véritable projet de carrière. La différence se niche aussi dans le contenu : l’EPP intègre obligatoirement les enjeux de la transition écologique et numérique, forçant l’employeur et le salarié à anticiper l’obsolescence ou la mutation de certaines compétences. Enfin, l’anticipation est renforcée : le premier entretien doit désormais avoir lieu dans l’année suivant l’embauche, contre deux ans auparavant, marquant une volonté d’accompagner le parcours dès l’intégration dans l’emploi.
La réforme de l’entretien professionnel va donc permettre de mieux évaluer les compétences et planifier la carrière d’un collaborateur.
Comment se déroule un entretien de parcours professionnel ?
Le déroulement doit être fluide et structuré pour garantir la qualité de l’information recueillie.
- Préparation et convocation : L’employeur doit informer le salarié dès l’embauche de l’existence de cet EPP. La convocation doit préciser le lieu et l’heure, idéalement sur le temps de travail.
- Phase d’analyse : On examine les compétences mobilisées par le salarié dans son emploi actuel.
- L’ouverture sur l’avenir : On discute des perspectives d’évolution interne. C’est ici qu’on identifie si un aménagement de poste ou une mobilité est nécessaire.
- Bilan de mi-carrière : Pour les salariés atteignant 45 ans, l’entretien doit spécifiquement intégrer une visite de mi-carrière pour anticiper la seconde partie de leur vie professionnelle.
- Compte-rendu : Un document écrit, dont une copie est remise au salarié, doit synthétiser les échanges et les actions de formation prévues.
[Le conseil Skeely] Ne voyez pas l’EPP comme une contrainte. Utilisez cet échange pour identifier les « soft skills » de vos collaborateurs qui ne sont pas exploitées dans leur fiche de poste actuelle. C’est souvent là que se cachent vos futurs managers ou experts.
Quels sont les objectifs d’un entretien de parcours professionnel ?
Planifier le développement des compétences du salariés
Le premier objectif est de transformer les besoins de l’entreprise en plan d’actions. L’entretien permet de vérifier si les compétences du salarié sont en phase avec les transformations de son métier. Si un écart est constaté, l’employeur doit proposer les solutions adaptées. Cet entretien est essentiel dans une démarche de gestion des compétences.
- Analyse des écarts (Gap Analysis) : L’employeur évalue le décalage entre les savoir-faire maîtrisés et ceux requis par les nouveaux outils de travail.
- Anticipation de l’obsolescence : Si un écart est constaté, l’employeur doit proposer des solutions adaptées : tutorat, mise en situation ou parcours de certification.
- Transférabilité : On identifie les compétences transverses que le collaborateur pourrait mobiliser dans un autre service, sécurisant ainsi son parcours au sein de l’organisation.
Identification des besoins de formations
L’EPP est le moteur principal du plan de développement des compétences. Il permet de choisir les formations prioritaires, qu’elles soient financées directement par l’entreprise ou via le compte personnel de formation (CPF) du salarié.
- Optimisation du budget formation : Au lieu de proposer des catalogues génériques, l’entretien permet de cibler des activités de formation à forte valeur ajoutée pour l’emploi ou la branche occupée.
- Leviers de certification : On y discute activement de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) pour transformer l’expérience de terrain en diplôme officiel.
- Co-investissement : C’est le moment idéal pour définir un accord sur l’utilisation du temps de travail pour des formations longues ou certifiantes ou même dans certains cas la reprise d’étude.

Perspectives d’évolution professionnelle
Un salarié qui n’a pas de visibilité sur son avenir finit par quitter l’organisation pour chercher ailleurs ce qu’il ne trouve pas en interne. L’entretien offre ce cadre de discussion indispensable sur les promotions, les changements de filière ou même les reconversions.
- Mobilité interne : L’entretien de parcours professionnels permet de recenser les envies de mobilité géographique ou fonctionnelle, réduisant ainsi les coûts de recrutement externe.
- Orientation vers les métiers d’avenir : La loi insiste sur la nécessité de guider le salarié vers les métiers « moins en tension ». L’employeur joue ici un rôle de conseiller en carrière en montrant les passerelles existantes vers des postes plus pérennes.
- Accompagnement de mi-carrière : C’est lors de ce rendez-vous que l’on prépare la seconde partie de carrière, en adaptant parfois les responsabilités pour maintenir l’engagement sur le long terme et donc fidéliser le collaborateur.
Bien être du collaborateur
Au-delà de la simple montée en compétences, l’entretien parcours professionnel se positionne comme un outil central de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT). Le sentiment de stagnation ou d’impuissance face à l’évolution de son métier est aujourd’hui l’une des premières causes de désengagement et de « quiet quitting ». En offrant un espace de dialogue neutre, déconnecté de la pression des objectifs chiffrés, l’employeur permet au salarié de reprendre le pouvoir sur sa trajectoire de travail. C’est le moment idéal pour aborder des sujets essentiels comme l’aménagement du temps de travail ou l’équilibre entre vie personnelle et activité professionnelle, notamment lors de phases de vie charnières.
Ce rendez-vous est également crucial pour la réintégration et la considération du personnel après une suspension de contrat. Qu’il s’agisse d’un congé maternité, d’un congé parental, d’un congé de proche aidant ou d’un arrêt maladie de longue durée, l’EPP permet de valoriser l’expérience humaine acquise et de sécuriser le retour à l’emploi. En montrant une réelle considération pour la dimension sociale et le parcours de vie de chacun, l’entreprise renforce sa marque employeur. Un collaborateur qui se sent écouté et soutenu dans ses aspirations de carrière développe un sentiment d’appartenance fort, ce qui réduit drastiquement le turnover et l’absentéisme, tout en boostant la motivation intrinsèque au sein du collectif.
FAQ : L’entretien de parcours professionnels
Quelle est la fréquence des entretiens de parcours professionnel ?
Les entretiens de parcours professionnel doivent être réalisés tous les quatre ans pour les salariés en poste. De plus, un bilan récapitulatif doit être effectué tous les huit ans. Certains entretiens peuvent avoir lieu tous les 3 mois aussi.
Quelles sont les différents entretiens d’évaluations dans la vie d’un collaborateur ?
Le parcours d’un salarié au sein d’une entreprise est rythmé par plusieurs types d’échanges, chacun ayant une finalité juridique ou managériale précise. Pour les RH, la confusion entre ces rendez-vous est un risque majeur qui peut invalider la portée légale de l’entretien. Il est donc crucial de distinguer ces moments clés qui ponctuent la vie au travail.
Des entretiens professionnels qui allient l’utile à l’agréable
- Toutes les campagnes d’entretiens sont réalisables avec Skeely
- Une centralisation de vos campagnes
- Une dizaine de modèles de trames préconçues
- L’entretien annuel d’évaluation (EAE) : Bien que non obligatoire selon le Code du travail (sauf convention collective spécifique), il est une pratique courante. Son objectif est de mesurer la performance, l’atteinte des objectifs de l’année écoulée et de fixer ceux de l’année à venir. Contrairement à l’EPP, l’entretien annuel permets de juger les résultats.
- L’entretien de parcours professionnel (EPP) : Désormais obligatoire selon la loi, il se concentre sur l’évolution des compétences, la formation et la projection de carrière à long terme. Il ne doit en aucun cas porter sur l’évaluation des résultats chiffrés.
- L’entretien de mi-carrière (ou visite de mi-carrière) : Ce rendez-vous spécifique, souvent intégré à l’entretien parcours professionnel, s’adresse aux salariés atteignant un certain seuil d’ancienneté ou d’âge (souvent 45 ans). Il vise à prévenir l’usure professionnelle et à anticiper la seconde partie de carrière.
- L’entretien de reprise après une suspension de contrat : Ce rendez-vous est systématique après certains types de congé (maternité, parental, adoption, sabbatique, longue maladie ou mandat syndical). Il permet de faire un état des lieux pour faciliter le retour à l’emploi et discuter des besoins de formation ou d’aménagement du poste de travail.
- La visite médicale périodique : Réalisée par le service de santé au travail, elle vérifie l’aptitude physique et mentale du collaborateur à occuper son poste, sans lien direct avec les objectifs de l’entreprise.
- L’entretien de fin de carrière : Bien que moins formalisé par la loi, il est de plus en plus pratiqué pour préparer le départ à la retraite, organiser la transmission des compétences et accompagner le salarié dans cette transition sociale.